La technologie au singulier avec « L’éloge du bug » de Marcelo Vitali-Rosati

Communication / News

Dans un monde hyperconnecté, Marcelo Vitali-Rosati nous invite à ralentir, à déraper et même à bugger. Non par erreur, mais pour nous confronter à une réelle réflexion philosophique. Ce professeur à l’Université de Montréal se définit lui-même comme un « bidouilleur » habitué à la technologie, et c’est avec ce bagage qu’il signe un essai remettant en question notre rapport à la technologie et à l’efficacité. Rencontre avec l’auteur de « L’éloge du bug ». 

C’est une colère qui est à l’origine du livre. Une frustration posée, documentée, celle d’une personne qui observe depuis des années le numérique se privatiser et qui a décidé de donner son point de vue pour nous pousser à réfléchir. Selon Marcelo Vitali-Rosati : « Ce livre est né d’une frustration face à la concentration des technologies entre les mains des GAFAM. Le numérique est devenu synonyme de solutions imposées avant même que les problèmes ne soient identifiés. Tout y est mesuré en termes de performance et d’intuitivité, au détriment de la multiplicité des points de vue. » 

Tiens, une attaque en règle contre le numérique ? La technologie dans son collimateur ? Notre interlocuteur navigue à contre-courant ! « Je ne suis pas contre la technologie », affirme-t-il avec aplomb. « Ce que je critique, c’est le numérique au singulier, celui qui s’impose comme une entité neutre et unique, comme s’il n’existait qu’une seule manière de numériser le monde. Prenez Microsoft Word. Je ne l’ai pas utilisé pour écrire ce livre, parce que cet outil réduit les possibilités de pensée en imposant le même environnement pour une lettre d’amour ou un article scientifique. Quand vous écrivez avec des Stabilos de couleurs sur du papier, vous structurez l’information différemment. Cette richesse-là, le logiciel ne la permet pas. » 

Un deuxième exemple est aussi intéressant. Utiliser Google Maps pour se déplacer limite, selon lui, nos choix à ce que l’algorithme définit comme « la meilleure manière », en ignorant les autres critères, tout aussi légitimes, comme la beauté du paysage ou le plaisir de se perdre. L’efficacité comme seul objectif est, d’après Marcelo Vitali-Rosati, un appauvrissement qui nous écarte de l’essentiel. Tout cela fait écho au lieu commun disant que le voyage est bien souvent plus important que la destination. 

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