Mauvaises influences


Ça démarre très tôt. Dès l’enfance. Influencés par les copains de classe qui nous poussent à faire des bêtises. Face aux parents, on tente notre meilleure défense : « Les autres l’ont fait aussi. » Et puis on se prend, en pleine poire, la très célèbre : « Si les autres sautent d’un pont, tu sautes aussi ? » Sacrée question. Mettons ça sur le compte de l’innocence.


Ça continue à l’adolescence. C’est souvent à cet âge qu’on commence à fumer, qu’on tente une coupe de cheveux hand made approximative ou qu’on finit bourré en soirée. On est plus vieux, plus conscients, mais plus influençables. Sans doute les hormones.


Et puis vient l’âge adulte. Mais les mauvaises influences n’ont pas disparu. Elles se sont professionnalisées. Le pouvoir d’achat est là, le besoin aussi. Formations qui ne vous feront jamais gagner un euro, dernier soin anticellulite à la con, facettes dentaires à tout-va, méthodes pour revendre beaucoup plus cher des produits disponibles sur d’autres sites douteux, recettes pour devenir un vrai mâle alpha ou, encore mieux, un bon masculiniste… Là, difficile de mettre ça sur le compte de l’innocence ou des hormones.


Un sage disait « il y a les bons, puis les mauvais influenceurs… ». Récemment, une influenceuse suivie par plus de 2M de personnes (sans doute, toutes prêtes à sauter du pont) expliquait son modèle : acheter des produits, les tester, sélectionner les « pépites » et les revendre plus cher. En somme, on n’achète plus seulement le produit, on achète le fait qu’elle l’ait essayé avant nous. Fou non ? Lorsque la recommandation devient commerce, que la confiance devient argument de vente et que la frontière entre « je vous conseille » et « je vous vends » se brouille, une question mérite au moins d’être posée : jusqu’où sommes-nous prêts à nous laisser influencer ?


Heureusement, le Far West commence à se doter de quelques panneaux de signalisation et des acteurs géniaux, prêts à encadrer la pratique, émergent. Et il était temps, mais ce n’est pas suffisant. Car l’influence n’est plus une petite recommandation glissée entre deux stories. C’est une industrie. Un média. Un commerce. Et parfois les trois en même temps.

Réguler permettra de faire un peu de ménage, mais aucune loi ne pourra réglementer notre esprit critique à notre place. Alors, des années après la cour de récré, en gardant en tête que certains sont payés pour vous donner envie de sauter… La question de nos parents reste plus que jamais actuelle : si les autres sautent d’un pont, vous sautez aussi ?

Marine Dehossay

Editor in Chief @PUB Magazine